DES « MONUMENTS MOBILES » POUR DEMAIN — Pratiques de (p)reenactment et enjeux décoloniaux
- communication59
- 14 nov. 2025
- 2 min de lecture
Le jeudi 4 décembre 2025 à 15h — FabLab de l'Esä, site de TOURCOING
Une visioconférence d’Anne Bénichou dans le cadre du séminaire de recherche-création saPRISTi! (axe de recherche PRIST)

Depuis le début du millénaire, les pratiques de reenactment (reconstitution vivante) qui consistent à rejouer le passé en fonction d’enjeux actuels suscitent un engouement dans des domaines divers : les arts, l’archéologie, la télévision, les univers virtuels, le divertissement, etc.
Ces « monuments mobiles », selon l’expression de S. Gapps, permettent de renégocier les représentations et les récits historiques, l’assignation des places que chacun y occupe, la distribution des responsabilités et des pouvoirs dans leur élaboration. Ils relèvent d’une dialectique complexe de l’archive et du vivant, des temps passés et actuels, du direct et du médiatisé, de la distance et de l’affectivité, de la normativité et de l’agentivité.
Plus récemment, des théoriciennes et théoriciens ont avancé la notion de preenactment pour désigner des pratiques artistiques et culturelles vivantes qui rejouent des évènements du passé ou élaborent des phénomènes fictifs dans une perspective prospective, avec l’idée qu’ils pourraient se répéter dans le futur. Le preenactment n’est pas pour autant de l’ordre du présage ni de la prophétie ; il fonctionne comme une répétition, au sens de rehearsal en anglais, c’est-à-dire s’entraîner ou s’exercer à faire quelque chose. Il donne l’occasion de performer dans le présent et à échelle réduite des idéalités sociales, politiques ou culturelles pour demain.
Après avoir présenté les principaux enjeux et débats théoriques qui sous-tendent les pratiques de reenactment et de preenactment, ma communication s’attachera à quelques propositions artistiques récentes qui conjuguent les deux approches, rétrospectives et prospectives, dans la perspective d’anticiper des mondes décoloniaux.
Anne Bénichou enseigne la théorie de l’art et les études muséales à l’Université du Québec à Montréal. Ses recherches portent sur les archives, les formes mémorielles et les récits historiques issus des pratiques artistiques contemporaines et des institutions chargées de les préserver et de les diffuser. Sur ces enjeux, elle a publié Un imaginaire institutionnel (L’Harmattan, 2013) et Rejouer le vivant (Les presses du réel, 2020). Elle a assuré la direction scientifique de trois ouvrages collectifs parus aux Presses du réel : sur la documentation dans les arts visuels (Ouvrir le document, 2010), sur la transmission des œuvres performatives et chorégraphiques (Recréer/Scripter, 2015), sur l'émergence de nouvelles formes institutionnelles vouées aux pratiques artistiques performatives (Lieux et milieux des arts vivants, 2024). Elle poursuit aujourd’hui ses travaux autour des notions d’anticipation et de futurité dans les pratiques culturelles et artistiques actuelles.




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